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Virgin Territory Live: Where are the f*****% limits?

By Marjory Dupres

Mowwgli.com, 29 May 2017

Rire et avoir peur. D’un instant à l’autre, la pièce Virgin Territory impose son rythme, alternant brutalité et lyrisme de la dérision. Dans le cadre de l’édition 2017 des Rencontres Internationales de Seine Saint Denis, la chorégraphe Charlotte Vincent et huit interprètes adultes et adolescents développent un propos appuyé, fatalement dérangeant, sur le genre, la pulsion sexuelle et la construction capitaliste de nos rapports au désir.

Cela commence par des chiens. Leur présence brutale, hostile, ridicule, renforcée par un dispositif de proximité quadri-frontale. Cette animalité décomplexée dévoile en un prélude le tissage du reste de la pièce. Le travestissement et la thématique du double n’auront de cesse de se déployer. A travers perruques, talons aiguilles, téléphones portables, culottes et produit désherbant, les accessoires jouent le jeu paradoxal de la mise à nu.

Sur la scène d’un banal jardin, banal comme la violence ordinaire, banal comme des chiens, des figures se répètent et trahissent le mécanisme d’une intériorisation insidieuse, portée par des actes reconnaissables. La chorégraphe s’appuie sur des stéréotypes pour défoncer le tabou. On ne sait jamais vraiment quand et si on a le droit de rire. Ni si le rire est jaune, franc ou bombe retardée pour plus tard.

Une bimbo traverse le plateau. Un couple du Moyen Age mime l’amour courtois version porn.

Des êtres augmentés de ballons se déhanchent lascivement.

Et l’on se prend en photo, toujours.

C’est la fête. Toujours l’humour vient compenser le drame. Les personnages courent à perdre haleine et se plaquent au sol. Transformation d’une énergie horizontale, effrénée, métaphore d’une société en pleine vitesse qui engendre ses monstres. Derrière la joie, les rires, tout déraille, à tout instant. La vitalité du ridicule rejoint la dérision du désespoir pour saisir le spectateur.

Et terrasser le dragon.

C’est à tout un système capitaliste, à la fois hyper-sexualisé et hyper-normé, que la pièce s’attaque en tentant de restituer à l’homme, la femme et l’enfant leurs parts d’humanité. La pièce va crescendo, dénonçant la reproduction inépuisable des modèles. La culture du selfie, la quête de jouissance et de domination, la concurrence généralisée des corps. La pièce met mal à l’aise tant elle met à jour la volonté d’asservissement à la source de nos imaginaires libidinaux.

Morsure du plaisir. Boite de Pandore. Colère de Barbe Bleue.

Les corps laissent place aux chuchotements, surtout ne pas crier : voix d’un homme qui contacte fébrile une adolescente fébrile. Compte rendu d’une enquête effarante sur les pédophiles, comme vous, comme moi, sur internet. Extraits d’une discussion où une adolescente confie la difficulté d’une relation simple avec l’autre sexe. Lassitude de n’être qu’une salope. Une poupée avec qui l’on joue, démantibulée, disponible, jetable.

Et les chiens qui reviennent. Restez là, les enfants, surtout, ne bougez pas.

La mise en scène corrosive du regard renverse l’injonction : sortir de ces modèles devient un enjeu de survie du groupe. Non pas survie morale, petit arrangement avec sa conscience, mais survie de l’humanité. Où sont les limites ? Pour ne pas être un chien.

Pour ne pas traiter les autres comme des chiens. Des chiennes.

L’émancipation dans la contrainte.

Pour jouer.

 

Laugh and be afraid. From moment to moment, the play Virgin Territory imposes its rhythm, alternating brutality and lyricism of derision. As part of the 2017 edition of the Rencontres Internationales de Seine Saint Denis, the choreographer Charlotte Vincent and eight adult and adolescent interpreters developed a fascinating and fatally disturbing talk about gender, sexual drive and the capitalist construction of our relationships with desire .

It starts with dogs. Their brutal, hostile, ridiculous presence, reinforced by a quadri-frontal proximity device. This uncomplexed animality reveals in a prelude the weaving of the rest of the piece. The disguise and the theme of the double will never cease to be deployed. Through wigs, stiletto heels, mobile phones, panties and weed killer, the accessories play the paradoxical game of stripping.

On the stage of a banal garden, banal like ordinary violence, commonplace as dogs, figures repeat themselves and betray the mechanism of an insidious internalization, carried by recognizable acts. The choreographer relies on stereotypes to break the taboo. You never really know when and if you have the right to laugh. Nor if the laughter is yellow, frank or delayed bomb for later.

A bimbo crosses the plateau. A couple of the Middle Ages mime courtly love version porn.

Beings augmented with balloons sway lasciviously.

And we take a picture, always.

It’s party. Humor always compensates for the drama. The characters ran out of breath and plastered on the ground. Transformation of a horizontal, unrestrained energy, metaphor of a society at full speed that engenders its monsters. Behind the joy, the laughter, everything derails, at any moment. The vitality of the ridiculous joins the derision of despair to seize the spectator.

And drag the dragon.

It is to a whole capitalist system, at once hyper-sexualized and hyper-normed, that the play tries to restore to man, the woman and the child their parts of humanity. The play goes crescendo, denouncing the inexhaustible reproduction of the models. The culture of self-love, the quest for enjoyment and domination, the widespread competition of bodies. The play is uncomfortable as it reveals the will of enslavement at the source of our libidinal imaginary.

Bite of pleasure. Pandora’s box. Anger of Bluebeard.

The bodies give way to whispers, especially not to shout: the voice of a man who contacts feverish a febrile adolescent. Report of a frightening investigation on pedophiles, like you, like me, on the internet. Excerpts from a discussion where a teenager confides the difficulty of a simple relationship with the other sex. Lassitude of being a bitch. A doll with which one plays, dismantled, available, disposable.

And the dogs come back. Stay there, children, especially, do not move.

The corrosive staging of the gaze reverses the injunction: to leave these models becomes a stake of survival of the group. Not moral survival, little understanding with his conscience, but survival of humanity. Where are the limits? Not to be a dog.

Not to treat others like dogs. Bitches.

Emancipation in constraint.

To play.

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